« Les filles recherchent une boxe plus technique que les garçons »
Avec l’effet One Million Dollar Baby, le film de Clint Eastwood (oscar en 2005) consacré à la boxe au féminin, les salles drainent de plus en plus de demoiselles, y compris celles au sein de notre rédaction. Au lendemain des championnats de France disputés à Vendôme, Saïd Bennajem, entraîneur de la double championne de France Lucie Bertaud au Boxing Beats d’Aubervilliers en région parisienne, nous explique les « particularités » du noble art, version filles.
Boxe féminine et masculine, quelles sont les différences ?
Saïd Bennajem. Les filles recherchent une boxe beaucoup plus technique que les garçons. Sur le ring, elles livrent un travail plus affiné. Bref, elles sont beaucoup plus à la recherche de la perfection que les hommes.
Pourquoi ? Les garçons sont-ils plus « bourrins » ?
Saïd Bennajem. Non ! C’est tout simplement une question d’impact physique.
Question sexiste : les filles sont-elles plus difficiles à entraîner ?
Saïd Bennajem. C’est beaucoup plus facile d’entraîner un garçon qu’une fille ! Avec les filles, il faut tenir compte de caractères pas toujours évidents à gérer. Il y a aussi le côté affectif et émotionnel qui n’est pas forcément facile à prendre en compte.
À l’entraînement, est-ce l’égalité des sexes ?
Saïd Bennajem. Pas question pour une fille de travailler moins à l’entraînement qu’un garçon. Une boxeuse voudra toujours faire le même nombre de rounds qu’un boxeur.
Dans l’engagement et la dureté des entraînements, je ne vois aucune différence entre les deux sexes.
Quel est le niveau de la boxe féminine en France ?
Saïd Bennajem. Il stagne depuis un an ou deux, parce qu’on retrouve toujours les mêmes finalistes lors des championnats de France. Mais, la France possède un gros potentiel. De plus en plus de filles veulent pratiquer la boxe. Il faut maintenant que pas mal de clubs s’adaptent, avec des vestiaires adaptés, pour accueillir un public féminin
La boxe féminine est-elle entrée « dans les moeurs » ?
Saïd Bennajem. Oui, dans mon club à Aubervilliers, les filles ont même de meilleurs résultats que les garçons, même si le niveau n’est pas le même. En tout cas, chez les boxeurs, il y a un grand respect pour les pratiquantes.
L’avenir passe-t-il par la reconnaissance olympique ?
Saïd Bennajem. Oui, on l’espère pour les JO de 2 012 à Londres. C’est en pourparlers, avec les instances internationales. Ce serait bénéfique en France pour élargir le recrutement des filles en boxe anglaise. Pour l’instant, on n’a qu’une équipe de France senior avec une dizaine de filles qu’on croise régulièrement dans les tournois internationaux. L’idéal, ce serait de préparer dès maintenant des cadettes et des juniors pour les Jeux de 2 012.
Entretien réalisé par Frédéric Sugnot